Conférence de Michel Odent

Conférence de Michel Odent

 

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A l’origine de l’amour et du lien maternel (06/02/10)
Compte-rendu écrit par Stéphane, selon ses notes et interprétations des propos tenus en conférence.

Actuellement, il est nécessaire d’arriver à développer la capacité d’aimer.

1. Comment aimer ?

Depuis quelques dizaines d’années (2ème moitié du XXème siècle) des scientifiques d’horizons différents planchent sur cette question auparavant « réservée » aux philosophes.
Le développement de cette capacité peut être intégré dès la périnatalité, la naissance y jouant un rôle important.
Pour que la période prénatale et la naissance se passent au mieux, il est nécessaire de redécouvrir les besoins de base des femmes qui accouchent et des bébés, besoins qui ont été oubliés depuis des milliers d’années.

2. Découverte scientifique

Vers le milieu du XXème siècle, les scientifiques ont redécouvert que : un nouveau né a besoin de sa mère (sans ironie).
En effet :
· La pratique en vigueur était de séparer la mère du bébé pour couper le cordon et nettoyer le bébé,
· Ces pratiques étaient la négation et la mise à l’épreuve de l’instinct maternel (imaginez un peu qu’on veuille faire la même chose à une maman gorille venant d’accoucher…),
· Les conditionnements culturels (sous forme de croyances et de rituels), dans les sociétés qui se sont développées depuis la création de l’agriculture et de l’écriture, ont principalement consisté à développer le côté agressif de l’homme, notamment pour assurer le développement et la survie du groupe. Les pratiques au moment de la naissance et de la période prénatale ont donc contribué au développement de cette agressivité « nécessaire » au développement et à la survie du groupe,
· Par ex, l’une des croyances erronées était de considérer le colostrum comme mauvais pour le bébé alors que la science a prouvé le contraire,
· On s’est aussi rendu compte que le bébé a le réflexe d’aller naturellement au sein de la mère dans l’heure qui suit la naissance et qu’il doit ingérer le lait maternel ainsi que les microbes de la mère pour développer au mieux sa flore intestinale et son immunité, … .
Cette redécouverte que « le nouveau né a besoin de sa mère » n’est pas facile à intégrer dans le contexte culturel car cela va à l’encontre de règles parfois millénaires. Cette découverte a d’ailleurs
interprétée culturellement par « le nouveau né a besoin de ses parents » et non seulement de sa mère d’où la participation des pères à l’accouchement depuis les années 1970.
A ce jour, on a redécouvert les besoins du nouveau né, pour aller plus loin, il faut maintenant redécouvrir les besoins de la femme qui accouche pour essayer de les satisfaire au mieux pour que les personnes puissent être équilibrées et mieux développer leur capacité d’aimer.

3. Les besoins de la femme qui accouche

Là encore, ce sont des millénaires de conditionnements culturels à remettre en cause…
· L’adrénaline, antagoniste de l’ocytocine
L’adrénaline est une hormone principalement libérée en cas de stress, de peur, de froid, … elle inhibe la libération d’ocytocine qui, elle, est surnommée « l’hormone de l’amour » et permet notamment la réalisation du travail d’accouchement et elle permet aussi les rapports sexuels.
L’adrénaline est une hormone « contagieuse » en quelque sorte, car par exemple une personne ayant peur peut facilement « transmettre » cette peur. La sage-femme doit donc veiller à ce que son propre taux d’adrénaline soit le plus bas possible. Un activité répétitive, comme le tricot (traditionnellement pratiqué par les sage-femmes), permet de faire baisser le taux d’adrénaline.
· L’ocytocine et accouchement
L’ocytocine est une hormone « timide » libérée uniquement dans des conditions favorables. Cette hormone facilite entre autres :

  • L’accouchement en stimulant les réflexes d’éjection du bébé,
  • L’allaitement, en augmentant le réflexe d’éjection du lait.

Les facteurs favorisant la libération d’ocytocine et donc l’accouchement sont les suivants :

  • L’absence de la sensation de se sentir observée ; par exemple, les couples de l’ensemble des civilisations que nous connaissons s’isolent pour faire l’amour ; lors de l’accouchement, les mammifères trouvent des endroits où ils savent ne pas sentir observés …),
    • Le sentiment de sécurité,
    • Un environnement féminin,
    • Un environnement chaud,
    • La pénombre,
    • L’inhibition du fonctionnement du néo-cortex,
    • Le silence.
  • L’environnement féminin favorise la libération d’ocytocine si la femme présente (pas forcément la
    mère) incarne une figure maternelle qui est à peu près la seule présence permettant de se sentir en
    sécurité sans se sentir observée. C’était le rôle de la sage-femme. Maintenant, les sage-femmes
    interviennent beaucoup plus et l’environnement lors d’un accouchement s’est beaucoup
    « masculinisé » (présence du père et parfois d’autres hommes, de technologie de pointe, …).
    Le néo-cortex surdéveloppé est ce qui distingue le cerveau de l’homme de celui des autres grands singes. C’est cette partie du cerveau qui gère le langage et toutes les inhibitions… On peut constater que le fonctionnement du néo-cortex inhibe la production d’ocytocine par l’exemple cocasse suivant : un couple fait l’amour et l’orgasme approche, la femme demande alors : « qu’est-ce que tu veux manger demain soir ? » => ça coupe la production d’ocytocine…

Le langage et particulièrement les raisonnements et les questions stimulent le néo-cortex. D’où l’importance du silence pendant l’accouchement pour éviter de stimuler le néo-cortex de la femme qui accouche.

Si la femme accouche dans un endroit propice et par elle-même (sans produits pour « l’aider »), le néo-cortex est naturellement mis hors circuit par la production d’une autre hormone, la mélatonine.
La production de mélatonine est favorisée dans l’obscurité ou la pénombre. Pour info, le rôle de la péridurale est d’essayer d’imiter les effets de la mélatonine.
Afin de continuer à produire de l’ocytocine après que le bébé soit sorti du ventre, il est nécessaire de laisser la femme qui accouche être la plus présente possible à son bébé et aux instants qu’elle est en train de vivre. En effet, l’ocytocine permet aussi de faciliter l’évacuation du placenta et minimise grandement les risques d’hémorragie ou même de saignements.
L’un des conseils donnés est de travailler éventuellement avec une Doula (femme qui accompagne pendant la grossesse et l’accouchement) et d’inclure par exemple dans le projet de naissance adressé à la maternité une exigence : « Poser d’abord les questions que vous voulez me poser à ma Doula. »

4. Conclusion

On est en ce moment à un moment clef de l’humanité : le développement de l’agressivité ne permet plus d’assurer le développement et la survie de l’humanité. Il est donc nécessaire, pour notre survie, de trouver une autre méthode qui devra permettre de sauvegarder l’ensemble de l’écosystème (car tout est lié) : le développement de la capacité d’aimer (qui passe notamment par un respect de la Terre Mère).
Une prise de conscience collective est nécessaire. Les personnes ayant conscience de ce fait doivent « apprendre à être bilingues » : les personnes ayant cette conscience savent écouter leur coeur, pour convaincre les autres, le langage scientifique est un très bon outil. C’est en cela qu’il faut savoir être bilingue pour traduire les messages de notre coeur dans un langage scientifique.
Pour finir :
Un secret non politiquement correct en réponse à la question « quel est le rôle du père dans l’accouchement ? » : depuis que l’homme assiste aux accouchements, ceux-ci sont devenus plus longs et difficiles…
Un minimum de personne présentes, dans une atmosphère calme et silencieuse, facilitera l’accouchement.

 

grand merci à Stépane pour cette transcription et à Michel Odent pour son autorisation de diffusion.

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